Le carreau de faïence

Sur le carreau de faïence, l’ombre d’une main
fait signe et, légère, palpite quelques secondes,
suspendue dans un espace imaginaire et flou.
Ni rêve, ni hallucination, simple présence têtue

au creux de son néant. Une main familière,
elle surgit partout. Danse de ses doigts fins,
gais et sautillants, ailleurs à peine visibles.
Le carreau blanc reflète les toits, les fenêtres,

le figuier, le jardin. Spectre pâle de la réalité.
On pourrait presque voir les oiseaux, plein ciel.
Mur de la salle de bains décoré d’une fresque
au pastel. Paysage d’une peinture hollandaise,

ou italienne. Derrière des personnages figés,
regards tournés vers l’invisible, l’ineffable.
Au premier plan, mains blanches et fragiles,
sur du velours, coussin, robe rouge, un livre.

Le temps est écartelé, le paysage ondule, frêle.
Il se lit comme les lignes de vie, yeux mi-clos.
Parfois mains tendues, en attente d’un regard,
d’un mot. Appel du vide soudain créé, souffle

coupé. Le corps se fait tout petit dans la paume.
Le moindre contact relance l’univers, pichenette
divine à chaque instant, l’être au bout des doigts.
Tout au fond, voile bleuté de Léonard. Un cyprès,

une petite route serpentine, une charrette de foin.
Le ciel est si pur, définitivement pur. Les mains
bougent un peu. Il suffit que j’avance la mienne
pour effleurer l’ombre de celle qui a disparu, là.

16 04 16. Épiphanies 65

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