Le vent noir d’Antonin

Salle immense, les murs vérolés de chuires,
hors du temps, où chiens et loups se taisent.
Mouches, cafards et moustiques sont à la fête.
Nul mot n’a cours, les paroles ont depuis belle

lurette été balayées par un vent noir intérieur.
Celui d’Antonin, croisé là, en pyjama d’hiver.
Tout lui revient, la lampe falote, livre à terre,
et voir défiler groggy des saynètes de la vie.

En extase devant certains visages, le sien,
peu à peu raviné par le sommeil, s’effritant
dans l’obscurité crispée qu’un lampadaire
de rue baigne d’un liquide jaunâtre et doux.

Projeté dans une salle, non, une cathédrale,
sans fresques ni vitraux, et Jésus Barrabas
trônant, révolté, résistant, et son cri étouffé,
au milieu d’un autel éblouissant, crucifié

en blouse blanche, tête déjetée, les yeux
rieurs. C’est l’heure du festin des fauves.
Les tables mâchent en silence. Le monde,
mordu au cœur, tenu serré entre les dents.

Lèvres frangées de sucre. Il repousse le drap,
dans le tunnel de la nuit. Une main se tend,
il veut sortir, porte close, il longe les murs.

Fenêtres fermées. Jardins glacés d’effroi et
d’indifférence. Arbres sans oiseaux jetant
les squelettes à l’océan. Les rues se gavent
de sable. Au port, tous les bateaux attendent.

Visages penchés sur des assiettes décorées
de mirages assassins. Hors cliquetis d’acier
et de terre cuite, pas un mot, ni une mouche
sauf aux murs. L’eau des verres est opaque.

Ne plus croire, ne plus voir. Ici et là, leurres,
mensonges et maladie, dans les grands plats
fumants. Les écrans servent la soupe dans
des passoires en or. Pas une ritournelle, pas

un air fredonné, non, tout est tu. Les sourires
sont de carnaval. Mais au fond de ses yeux
de porcelaine rayée, pâle beauté, il entend
l’écho d’un rire cristallin, joyeux, oh, le tien,

en pâture aux fourmis. Il arrache l’aiguille et
le fil, ne pas coudre les lèvres, non, se lever.
La cathédrale est en ruines, il faut chanter,
danser, aimer. Dans la rue, le premier oiseau,

les cyprès se jouent de l’autan, la sonnette
d’un vélo fait valser un komboloï antique,
le Canal dort, dans la vitrine du boulanger,
des gâteaux, en forme de fleurs, d’animaux.

13 04 16. Épiphanies 64

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