Le festin

Le rideau s’écarte et laisse deviner des formes,
des mouvements hachés. Bras, hanche, un pied
dépasse, une élégante chaussure de cuir noir,
cheville. L’énervement précède le désir agacé.

Ballet des innocents, maquillage, carnaval de
grimaces, de sourires peints, lèvres pulpeuses
en papier ruminé. Mâcher n’est rien, déglutir.
Le soleil tombe à l’horizon, non, la lune plate.

Une myriade d’étoiles éclaire un décor de rue.
Nuage irisé dans la lumière en douche, pluie.
Soudain plus rien, ah, un lampion maigrelet.
Est-ce un œil, est-ce un animal, ou un leurre.

Un enfant tapi au fond de la gorge. Il se lève,
lance une poignée de confettis dans la salle.
Le velours grenat s’ouvre enfin sur le festin
des spectres. Longue table nappée de basin,

chaises hautes, chandeliers en argent ornés
de masques antiques. Les plats fument, mais
il n’y a rien, la vapeur se dilue vers le cintre.
Tout se met à tanguer, à rouler, je m’agrippe

au drap, j’aimerais parler, déclamer des vers.
Pas un spectateur, obscurité lunaire, l’enfant
est seul assis au bout de la table, il va vivre.
Toutes les chaises sont pour lui, son regard

brille. Un homme entre, s’assoit, l’enfant rit.
Il crie. Que vas-tu faire de moi. Je serai là,
toujours, sur tes pas, dans tes rires, tes pleurs.
L’homme ouvre la bouche, l’enfant s’endort.

Rangées de sièges pliés, silhouettes éparses.
L’homme change de place, peut faire ripaille,
la nuit va commencer. Le halo de la fenêtre
glisse sur le mur et le lit. Qu’ai-je fait de lui.

Côté jardin, la farandole des moments perdus.
Côté cour, les jours à venir, les robes envolées.
Danse des regards, des mots, ton pied dépasse,
la souple beauté de ton corps, là, à bout de bras.

07 04 16. Épiphanies 58

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