Ce qui est tu

Ce qui est tu, malaxé par la langue, entre
les dents se coule, tu sais. Le fade sirop
des mots laminés retombe dans le ventre,
l’obscurité des molles muqueuses traversées

d’acide indolore, de suc cérébral, se répand
jusqu’au tréfonds des os, fait se mouvoir
les yeux affolés sous les paupières veinées
de bleu. Il contient ce qui, tu, ne va cesser

de buter, de glisser, d’envahir, de saigner,
de revenir au point de couture. Enfermement
là tout près du toi, du je, mais, dis, que fais-tu
là-bas. Le vertige est tu, recouvert à la va-vite

d’un badigeon de tristesse imprévue, têtue,
familière, mêlée de couleurs diluées, délavées.
Ce qui est tu, à l’affût, se tient là, sous la peau,
dans les gestes et les regards. Frémissements

des muscles agacés. Le tu affleure, griffe l’air
au dépourvu, devant un vélo, une rue au soleil,
une assiette de fruits coupés, un distributeur
de café, au petit matin. Alarme du métro, le tu,

dans l’imminence de quoi, dans l’urgence du
refus, le claquement des portes, le chant aigu
d’un enfant jetant au ciel son bâton de rêves,
dans l’esquisse, l’ébauche brûlée d’un dialogue

avec le rien, avec qui. Ce qui est tu, de soi, tu,
le moi n’est rien, avec l’absence rejetée, refusée,
niée dans son obsédante vibration d’élytres. Ce
qui est tu, endurci par l’amour de la haute mer.

Inconsolable d’avoir un instant tenu ces mots
entre ses mains. Voilà ce qui est tu, ce qui est
lancé, pour la énième fois, dans le sous-bois
envahi de ronces, saturé de pluie parfumée.

02 04 16. Épiphanies 53

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