Le tiroir

Dans le tiroir, sous le lit, je ne sais plus,
j’ai dû laisser tomber quelque chose.
J’ai bien entendu rouler, non, griffer l’air,
un petit cri de rien, derrière la guitare.

Rideau tiré, la fenêtre bat le garde-corps,
rouillé. Non, c’est moi. J’ai dû tomber,
mais c’était hier soir, voilà, j’ai ouvert,
main déployée, l’air caressait la peau.

Le sol brillait de pluie, lumières plantées
dans le ciel noir. Au coin de la rue, j’ai vu
un rire, des lèvres autour, un doux visage,
mais je ne sais pas où chercher, si beau.

Je ne connais pas d’ailleurs autre qu’ici,
les voitures, les flaques, et ce matin rien.
Où ai-je bien pu perdre ce quoi, tu sais,
ce parfum, à pleurer, présence évaporée.

Le jour naissait, une fleur. Un brin d’herbe
sur l’œil m’empêche de voir le bleu, alors
il faut bien que je cherche encore. Je saurai
quoi, à force, entêté. Je n’ai pas tout sorti

du tiroir, il est tellement plein. Tout jeter,
allez hop, par terre, oh, j’ai trouvé un rire.
Sortir, j’y verrai plus clair, poches pleines,
en vrac, je ramasse les musées, la plage,

les gares, les cafés, les hôtels, les lits,
vite, les belles rues, si je savais au moins
ce que c’était. J’ai bien entendu rouler,
un petit cri de joie, dans le tiroir vide.

22 03 16. Épiphanies 42

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