Le mur de l’enfant

Lentement s’effrite le mur de l’enfant.
Il court, s’arrête, souffle haché, gorge
à vif, ne reconnaît plus les lieux, crie.
À l’infini des voix, le magma des désirs
broyés, l’air est sec, tous ces chemins,

où mènent-ils, à une main, non, tais-toi.
Il n’est plus enfant, l’a-t-il été, une main,
est-ce un leurre, un piège, une menace.
L’enfant n’a pas connu de mains autres
que les siennes, serrées sur son ventre,

salies de terre, de salive, de sel des galets.
L’enfant n’est plus, et cette main rêvée,
elle parle, elle est la parole silencieuse
des corps étendus, lavés, l’enfant le sait.
Il s’étonne encore, se replie, quelle main.

L’enfant ne voit plus rien, il s’entête, repart,
les chemins sont cachés, barrés de racines,
de cailloux acérés, il n’y a pas de sommet,
alors monter, descendre, chercher, d’autres
mains, et des yeux. Les yeux sont des puits,

des sources, des torrents, les yeux, des lacs.
L’enfant scrute la nuit, le jour, une lumière,
il ne peut voir ses yeux, en a-t-il seulement,
qui pourra le lui dire, il se remet à courir,
naïf, beau, l’enfant n’est plus, mais où.

L’enfant avance toujours, pourtant, têtu,
et l’homme cherche l’enfant, il se tait,
l’enfant se terre, il ne veut plus sortir.
Est-ce fichu, oh, les mains sont froides,
les yeux de marbre, les regards blancs,

de statues gracieuses battues par la pluie.
Là-bas, l’enfant peint des yeux inconnus,
des yeux marins, des yeux perdus, si vifs,
il va les prendre, les tenir contre son ventre,
mais l’enfant n’est plus, ou bien il s’enfuit.

Il est la vie, alors l’homme prend les yeux,
les protège, contre son ventre d’homme,
contre son sexe, son cœur, son inépuisable
chaleur, et l’enfant attend, guette les lueurs
étreintes, ne craint pas le vide, l’enfant blotti.

L’enfant ne meurt pas, il ne meurt jamais,
il ne sait pas. Après lui, toujours l’enfant
sillonnera les rues, s’arrêtera pour rêver,
au milieu d’une place, avec une fontaine,
de doux visages, et des oiseaux partout.

15 03 16. Épiphanies 37

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s