Orage au loin

Orage au loin, les herbes s’offusquent du bruit
de l’eau d’une petite cascade. Digitales, libérées
du poids des gouttes, dans la fraîcheur du sous-
bois, relèvent leurs hampes. Timides gazouillis
d’oiseaux cachés dans les fourrés, ou au cœur
des hêtres, signalent la fin de la colère du ciel.

Il reprend sa marche, bâton planté dans la boue,
de caillou en caillou sort de l’enchevêtrement
des ronces, des fougères aux crosses noueuses,
des racines dénudées par l’écoulement continu
dont se gorge un torrent argenté, en contre-bas,
mains striées d’éraflures, brûlantes. Il rejoint,

trempé jusqu’aux os, enfin, la petite clairière
défoncée, abandonnée aux éboulis de pierres.
La forêt exhale un parfum de terre mouillée,
de bois pourri, de mousse saturée d’humus et
de fleurs, oh, si petites, des coccinelles bleues,
ou jaunes, ou rouges. Une percée des nuages

lui fait entrevoir la montagne faite de roches à pic,
inaccessibles. Il ne pourra plus jamais redescendre.
Il s’assoit sur un tronc abattu et soudain pense qu’il
n’a pas assez aimé, au moment où, pressées de vivre,
des brebis fuient vers une faille étroite, ouverte sur
les pâturages. Il se lève, suit les bêtes cœur battant.

09 03 16. Épiphanies 26

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