En lisière de pinède

En lisière de pinède, au pied de dunes battues
à l’est, un banc. Le souffle rauque de l’océan
rend l’ailleurs imminent. Sur le dossier vert,
un oiseau extatique, né du tapis d’aiguilles.

Rien ne bouge, hors sa tête. Des sourcils
d’oyats frangent la crête de sable ondulée.
Tache rouge d’un seau de plage renversé.
Oublié par un enfant perdu, poursuivant

une libellule, ou échoué, marée furieuse.
Il donne au paysage la saveur d’un crime
ancien, d’un amour lacéré par l’impassible
houle, rongé de sel, de lumière et de vent.

Paroles nues, abandonnées au fond du seau
de sang. Un vol d’oies sauvages, les pins
couchés par le galerne, les oyats dominant
l’horizon des tempêtes, lui donnent la force

de croire le crime enfoui, criblé de sable d’or
en rafales, le seau vidé de toute blessure, et
que l’ailleurs y chante la clémence du ciel,
la beauté d’un visage caressé par le temps.

09 03 16. Épiphanies 27

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