Pluie fine

Chape du silence rouillé. Il coule sur la langue,
envahit bouche, gorge et poumons, brûle tout.
Les rues bondées se teintent de mille absences
croisées, regards au sol, ou droit devant, loin,
collés aux porches, vitrines, habits, chaussures,
lampes, lunettes, vaisselle de luxe, livres, vins.

Dans le brouhaha, se glisse un silence de fer,
la salive n’humecte plus rien, il n’y a plus rien,
des images, des voix, des musiques pâteuses,
ce mélange creuse en lui une obscure galerie,
obscure, pas noire, il s’y engage, un chemin.

Une pluie fine tombe depuis le matin, la joie
se désaltère, inépuisable ciel, le visage offert,
les gouttes sur sa peau et en lui, mais un bus
manque le happer, jailli du temps, énorme,
hurlant, il fonce vers sa tanière, ventre plein.

De ce magma se détache une silhouette, elle
danse devant lui, il détourne la tête, elle n’est
l’ombre de rien, elle ondule et l’invite à bondir
hors de tout, à partir en courant vers un ailleurs
qu’il lui reste à créer, source de l’ombre, déjà
là, dans cette rue, que la vie lui offre, lui retire.

08 03 16. Épiphanies 24

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