Un puits à l’horizon

Comment l’oiseau fait-il, pour n’avoir rien
à garder au fond des yeux, laisser entrer
l’herbe ou le blé, les brindilles de vie de mort,
l’ombre des feuilles où reclus se cache le monde,

surgissant au moindre souffle, entre branches
agacées par la brise, et le papillon, si délicat,
malgré ses ailes gigantesques, pour ne faire
qu’un avec la fleur, le ciel, le ruisseau, le vent,

mais dès qu’un trou est percé, par où s’invite
l’immensité du dehors, inépuisable torrent,
dehors qui le restera, on se tient sur le seuil,
gardien d’un puits creusé dans le sable, tout

commence et prend fin, les images s’empilent,
et les mots, les rires, les peurs, indescriptible
mélimélo qui s’enroule autour des os, flotte
comme linge sur le fil tendu d’un jour l’autre,

illusion de fil qu’un rien arrache, laisse pendant,
menteur, pas rien, jamais, une présence, visages
et corps, entailles dans la plénitude des choses,
et, bouleversé, happé, soudain nager pleine mer,

ivre d’espaces vierges, l’oiseau vole et chante,
ailleurs, à faire basculer le ciel dans le vide,
les regards cherchent où aller, où se poser,
il n’y a plus de lieu, hors un puits à l’horizon,

tout chancèle, ah aimer, il suffit de s’arrêter,
de respirer, de se taire, de marcher, d’écouter,
ta main tremble, les doigts tissent un fil plus
solide, j’entends fredonner un air de jazz.

03 03 16. Épiphanies 8 (wip)

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